Besoin de contrôle et trading

 

Que sommes-nous d’autre que notre vulnérabilité, notre humanité ou notre animalité ?

Dans son rapport au monde, l’être humain reste incroyablement éveillé, car il a conscience de sa fin, de sa faiblesse, du temps qui passe. Voilà les limites de notre pouvoir, voilà la confrontation à l’âpre réalité : nous avons suffisamment d’intelligence pour avoir conscience de notre insignifiance. Cette conscience de soi se paye par de la peur, de la tristesse parfois, mais elle est aussi la mère du génie créatif, du besoin de s’inscrire dans l’éternité …

Le moyen le plus simple que l’homme ait trouvé pour gérer cette conscience de soi vulnérable, c’est le contrôle, s’il n’est effectif, en tout cas, l’illusion du contrôle ; le besoin d’exercer sa maîtrise sur son environnement immédiat. Pour certains, ce besoin devient dévorant, une bête affamée qui se nourrit de ses propres membres, alors ils donnent la parole aux parties les plus primitives de leur conscience.

Le territoire reptilien et le contrôle

 

Le stress est une réaction physiologique au danger, c’est un moyen de défense qui permet à l’individu de mobiliser ses forces pour rapidement accroitre sa sécurité. Dans l’idéal, nous utiliserions les réactions stéréotypées du stress uniquement lorsque nous sommes face à une réelle menace. Mais en réalité, les choses ne se passent pas tout à fait comme cela.

Dans la nature, l’homme primitif était sur ces gardes, il n’avait ni crocs ni griffes et cette faiblesse physique a rendu l’être humain très réactif. Il avait besoin d’une multitude de réussites pour survivre et un seul échec pouvait lui être fatal. Les temps passent, l’homme se sédentarise et sa vulnérabilité le pousse à renforcer sa sécurité. Aujourd’hui, les hommes ont érigé des sociétés qui protègent leur vie, mais le territoire reptilien reste à l’affut, la biologie évoluant moins vite que la technique. À présent, c’est la perception du danger qui crée généralement le stress et non le danger lui-même.

Le stress survient lorsque nous sommes dans des situations d’absence de contrôle ou d’imprévisibilité ; de manque ou de frustration ; de nouveauté ou de fort enjeu et enfin d’égo menacé. Autant dire que les déclencheurs de stress sont nombreux dans nos vies.

 

La fuite et le contrôle :

 

J’ai l’impression de ne rien comprendre et de ne rien savoir. Tout apparait étrange et menaçant, je cherche des repaires fiables, mais je n’en trouve pas. Je me sens perdu et désorienté, j’ai besoin d’exercer mon pouvoir sur l’environnement pour calmer cette peur. Reprendre le contrôle est le moyen le plus simple pour calmer ma peur, même si cette sensation est un leurre.

 

La lutte et le contrôle :

 

Ce qu’il se produit sous mes yeux est inacceptable et je vais y mettre un terme, quoiqu’il en coute. C’est moi qui décide et je choisis que cette situation doit s’arrêter immédiatement ou que cette personne doit payer pour sa faute. J’exerce ma fureur et je prouve que j’existe. Ma révolte est irrationnelle, mais ce n’est pas mon problème. Grâce à elle, j’ai la sensation d’être le seul maître de ma vie.

 

L’inhibition et le contrôle :

 

Je ne contrôle plus rien du tout, car je n’en ai plus la force, advienne de moi ce que voudra, j’ai perdu la bataille et je suis pétrifié.

 

Le territoire paléolimbique et le contrôle

 

Le soumis et le contrôle

 

Une personne qui a de la soumission a des difficultés à se sentir en sécurité de manière générale. Son besoin de contrôle est réactif à une angoisse profonde : celle de manquer de protection, celle d’être vulnérable. Une personne dans la soumission n’est pas forcément plus faible qu’une autre, elle en a seulement cette sensation, purement instinctive. Contrôler l’environnement devient alors un moyen pour gérer cette sensation de vulnérabilité et pour accroitre sa sécurité. Je me souviens d’une phrase que j’ai souvent entendue: «  À force d’avoir peur qu’il ne t’arrive rien, il risque de ne rien t’arriver»…

 

Le dominant et le contrôle

 

Le rapport entre le dominant est le contrôle est à la fois ambivalent et délicat : contrôler est un dû, une évidence, un postulat de base : le dominant exerce ses droits instinctifs sur l’environnement et il prend pour acquise la soumission du monde a ses désirs, ce qui n’est pas toujours le cas dans la vraie vie et qui engendre de grandes frustrations. Lorsque le contrôle du dominant est mis à mal, il peut vite perdre son calme. Il rentre en lutte en tentant de soumettre l’autre ou la situation à son désir. L’énergie qu’il mettra alors dans son besoin de contrôle est énorme, autant que sa motivation est désespérée. S’il échoue, il peut aussi se sentir découragé et vidé de toute envie, c’est l’inhibition.

 

Le méfiant et le contrôle

 

Le méfiant va exercer son contrôle par l’observation et la préparation. Il n’a pas confiance dans le monde, qu’il perçoit globalement comme hostile. Afin de contrôler son environnement, il sera donc systématiquement sur le qui-vive, très réceptif aux signes extérieurs. Il teste, il réfléchit, il se prépare, il hésite. Pour gérer sa perception du danger, il veut s’équiper un maximum. Le rapport au contrôle du méfiant est donc fondamentalement orienté vers les moyens, qu’il maximise. Il a tendance a oublier que « Le mieux est souvent l’ennemi du bien » et passe parfois à côté de belles opportunités.

 

L’axial et le contrôle

 

Le rapport au contrôle de l’axial est très alambiqué. Dans l’absolu, il n’a pas besoin d’exercer son contrôle pour se sentir serein, pourtant, il n’est pas en reste. L’axial a la sensation de contrôler les évènements rien que par la pensée. Il se sent relié aux autres et au monde et à ce titre, il pense que vouloir suffit pour obtenir. Il vivra évidemment de grandes déceptions et il ne comprend pas comment cela a pu arriver. La vie lui donne parfois des leçons âpres, mais il garde toutefois un rapport décomplexé avec le besoin de contrôle.

 

Accepter de ne pas avoir réellement de prise sur les évènements est angoissant. Notre culture et notre société nous poussent à croire que nous ne devons nos résultats qu’à nous-mêmes et nous avons un grand pouvoir. Pourtant, les marchés sont imprévisibles et plus nous cherchons à exercer notre contrôle, plus nous perdons notre rationalité.

Un trader est un surfer sur la vague d’une économie mondialisée alors le seul contrôle qui lui revient et de prendre la bonne et de sortir du tube au moment le plus opportun. Y aura-t-il de belles vagues aujourd’hui ou une mer d’huile ? Vais-je prendre le risque de m’aventurer dans une mer déchainée ou vais-je faire le choix de rester sur la rive ? En fin de compte, c’est le seul contrôle qui nous incombe…

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