De l’impossibilité de voir loin

Comme le dit si bien Taleb dans « Le cygne noir »

« On a coutume de dire que le sage est celui qui a la capacité de voir loin, mais la sagesse consiste à savoir que c’est impossible. »

En bourse, comme dans la vie, les évènements ne cessent de nous le prouver. Évidemment, il est plus confortable de penser que nous avons un certain contrôle que si l’on est assez vigilant, assez compétent, assez intelligent, nous parviendrons à exercer une forte maîtrise sur nos choix et à prévoir leur répercutions. Alors nous établissons des plans, nous extrapolons des rapports logiques de causes à effets et nous gardons ainsi l’illusion de contrôler nos vies.

Dans l’absolu, je crois que cette vision est plutôt porteuse, car elle nous permet d’être pleinement responsables, d’augmenter nos ressources et de focaliser notre attention sur la construction. Nous ne subissons pas le monde, nous sommes les acteurs de nos vies et non des spectateurs désengagés et victimes d’aléas variés. Notre illusion de contrôle et de savoir est le terreau d’une confiance souvent porteuse de nouveauté et d’enseignements.

Toutefois, cette vision traine aussi dans son sillage tout un cortège d’attitudes destructrices : autocomplaisance, absence de remise en question ou fermeture d’esprit ; penser que nous avons suffisamment d’informations pour prédire les évènements nous empêche de réagir avec justesse et discernement.

Dans notre trading, nous pouvons facilement être tentés d’avoir la certitude d’un mouvement, mais une seule chose est certaine : nous ignorons totalement ce que va faire un marché dans les prochaines minutes, dans les prochaines heures. La seule certitude que vous pouvez obtenir, après un travail acharné et méticuleux concerne la loi des grands nombres : « sur une multitude de trades, avec telle méthode de travail respectée à la lettre, je suis gagnant : peu importe que je sois gagnant aujourd’hui ou non. »

Ce matin, je scalpais le Dax en short et j’ai passé 3 ordres, les 2 premiers gagnants et le troisième perdant. Lors de ce dernier trade, une petite voix perfide me répétait : «  Tu vas voir, ça va toucher ton stop et ça va repartir à la baisse, si tu le décales, tu aurais raison.» La tentation était grande, mais je me suis rappelé plusieurs choses :

  • Je me fou que ce trade soit gagnant ou perdant, même si mon stop est touché, ma matinée reste convenable et rien n’est remis en question.
  • Si je décale mon stop maintenant, je ne suis pas cohérente avec ce que je crois, ce que je défends, ce que j’enseigne. J’ouvre une porte qu’il sera très difficile de refermer après.
  • Tu fais la maline, genre tu as une capacité surnaturelle à prévoir le comportement du Dax dans l’heure qui vient, mais en fait, tu n’en sais rien.

Pendant ces réflexions qui n’avaient concrètement pour unique but que de distraire mon attention de la souris assassine, mon stop a été touché. Le Dax a continué de monter une dizaine de minutes puis est reparti à la baisse : de toute façon, les marchés ne font que cela, ils montent et ils descendent, quand on a de la chance, avec une volatilité propice aux gains.

Alors, pour clôturer ce petit article je me souviens de Socrate : «  Je ne sais qu’une seule chose, c’est que je ne sais rien ! »

Une réflexion au sujet de « De l’impossibilité de voir loin »

  1. En bourse comme dans la vie en générale, je pense que souvent le succès prend sa base sur l’échec d’autrui.

    Rien ne sert de réinventer le monde, il faut simplement faire preuve de rationalité et d’acharnement là où les autres font preuve, de témérité et de découragement.

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