Deuil du succés et resilience

Lorsque nous sommes en position et que le marché n’évolue pas comme prévu, nous avons 3 alternatives possibles :

1- malgré la perte latente, nous sommes encore dans le respect de notre système de travail et nous attendons de voir la suite, ce qui est légitime et professionnel
2- le scénario de base est, de façon pragmatique, considéré comme invalide, notre système de travail nous dit que cette position doit être coupée en perte, nous coupons, ce qui est légitime et professionnel
3- le scénario de base est, de façon pragmatique, considéré comme invalide, mais nous refusons de couper, ce qui n’est pas une attitude porteuse à long terme.

Afin de pouvoir distinguer dans laquelle des situations nous nous trouvons, encore faut-il avoir un système de travail clair et opérant, mais ce n’est pas le sujet du jour.

Quelle est la différence d’attitude et de pensée entre les situations 2 et 3 ?

Cette différence tient en un mot, un seul petit mot qui change tout dans notre trading mais aussi dans notre vie et nos relations, ce mot, c’est « Résilience »

Voici la définition de Boris Cyrulnik :
« C’est l’aptitude d’un corps à résister aux pressions et à reprendre sa structure initiale. Ce terme est souvent employé par les sous-mariniers de Toulon, car il vient de la physique. En psychologie, la résilience est la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité…
La résilience est la force inconsciente qui pousse l’être vivant à mettre ses ressources au service de sa survie lorsque celle-ci est menacée, et à mobiliser ses ressources dans la recherche du plus grand épanouissement possible, quand les conditions sont favorables.»

La résilience est donc la capacité d’un individu à accepter la perte et à mettre ses ressources au service de sa survie financière, émotionnelle, mentale ou physique. Mais au delà de cela, c’est la capacité à en ressortir grandis et plus fort que jamais.
Ça me rappelle le vieil adage : « Tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort »

Pourquoi développer notre capacité de résilience est nécessaire pour développer un trading profitable ?

Lorsque nous rentrons en position, c’est pour gagner de l’argent. Que vous travailliez en analyse technique ou fondamentale, le process est identique : vous analysez des données, votre analyse vous indique que vous devez rentrer en position sur tel niveau de prix et vous projetez d’en sortir sur tel niveau, en gain évidemment. Vous protégez votre capital en soignant tout d’abord votre exposition (avec combien de contrats vais-je rentrer sur ce marché aux vues de mon risque?) et vous définissez un niveau de prix au delà duquel votre position est clôturée en perte (stop loss), jusqu’ici, tout est très intellectuel et rationnel ( Quoique l’exposition délirante de certaines positions soit tout sauf rationnelle, bref, c’est une autre question ! )

Donc, au moment de rentrer, même si vous êtes prêts à perdre de l’argent, vous projetez tout de même d’en gagner. Dans un vieil article concernant le principe décisionnel, j’écrivais :
« Une décision est prise, une action en découle, tout nous montre progressivement que cette décision nous dessert, qu’elle nous coûte cher (en argent, en temps, en énergie…) mais pour en sortir, nous devons prendre une nouvelle décision qui fait le deuil du succès de la première, et nous ne pouvons pas nous y résoudre. Ainsi, l’erreur se poursuit avec la force d’inertie, d’elle-même ; et pour en sortir, il faut accepter de s’être trompé, et décider d’arrêter les frais. »

Cette notion de « deuil », je me surprends à la retrouver souvent sur Psychotrade, et la résilience est le seul moyen de survivre au deuil. Linguistiquement, « résilience » vient de « rebondir », c’est notre capacité à nous remettre d’un choc violent, non pas par le déni ( « De toute façon c’est pas grave ») mais par le combat ou la volonté ( « J’ai mal, mais cette douleur m’enrichit »)

Nous ne naissons pas tous égaux quant à cette capacité, et notre histoire évidemment crée des clivages énormes d’un individu à l’autre. Certains vont être capables de vivre des traumatismes importants, et sans le nier, ils parviennent à fonctionner et à avancer. D’autres vont être rapidement couchés face contre terre et rester immobiles très longtemps avant d’envisager un « après »

En trading, on appelle cela « digérer sa perte » : l’accepter pour ce qu’elle est, en conscience sans qu’elle vienne influencer nos décisions futures, à moins que le système doive être modifié.

Alors, je me suis demandée, quels sont les points communs des gens « résilients » ?

– Refus d’être une victime
– Habités par un rêve qui les dépasse, une « mission de vie » en quelque sorte
– Utilisent l’humour comme rempart
– Capacité à transformer la souffrance en rage de vaincre, et la rage en motivation stable

Lorsque j’ai compris cela, je me suis dit que ça faisait un lourd programme de travail. Mais je vous rappelle une phrase que j’adore : « Un escalier se monte marche après marche » : on ne devient pas résilient d’un coup de baguette magique.

Quel cheminement de pensées pouvez-vous tenter de suivre lorsque vous vivez une perte « traumatique » ?

Il y a plusieurs « écoles » de pensée pour les praticiens de la gestion post-traumatique, et peu vous permettent d’être autonome dans la gestion de votre tristesse ou de votre colère : EMDR, hypnose ericksonienne, ou PNL en sont les fers-de-lance. Pour chacune de ces approches, vous aurez besoin d’un professionnel.

Par contre, vous pouvez tenter de développer votre autonomie via une approche intellectualisée. En thérapie comportementale et cognitive, nous représentons souvent l’interaction par le triangle personnel : émotion, pensées, comportements. Lorsqu’on agit sur l’un, les autres s’en trouvent changés.

Je vous propose donc 3 phases de réflexion :

 

  • A cause de cette perte, je vais mal :il n’y a pas honte à se sentir mal, tout le monde ressent des émotions désagréables, nous en sommes tous plus ou moins porteur, c’est la nature humaine. A cet instant, l’individu est une victime (de lui-même, d’une situation, d’un autre, peu importe) et il existe à travers son statut de victime. La douleur devient partie intégrante de son identité.

L’individu doit donc accomplir son chemin de deuil et évacuer les émotions en les acceptant : « oui, je vais mal et c’est normal aux vues de ce qu’il s’est produit »
Pour parcourir ce chemin, vous avez plusieurs moyens de locomotion :

-L’anticipation : On ne le dira jamais assez, le préventif vaut toujours mieux que le curatif. Afin de bien vivre une perte, le plus simple et d’accepter sincèrement, avant même de rentrer en position, la possibilité de perdre. Tous les traders font des pertes, tous ! Le seul objectif est de garder une balance positive ou à l’équilibre. Anticiper les pertes est donc le plus sur moyen de les vivre de manière constructive.

– Gérer : Plus pragmatique que l’anticipation, la gestion est probablement la partie la plus importante de notre job. Des outils tels que le plan de trading, des reports réguliers d’activité, des calculs clairs d’exposition et de gestion des limites font rentrer les pertes dans un tableau et les sortent de l’aspect émotionnel. Elles deviennent une donnée parmi d’autres dans un plan comptable plus vaste.

– L’humour : Peut-être pas le plus efficace, mais le plus plaisant;) L’humour est purement curatif. C’est un mécanisme de défense qui permet de caricaturer les pulsions agressives ou destructrices. C’est un bouclier puissant et léger à porter. Il pressent la situation dans ces aspects ironiques, insolites et décalés. Pratiquer l’humour nous remémore qu’au fond, tout cela n’est pas si important !

– Rationalisation : Que représente cette perte concrètement ? Quel impact aura-t-elle sur ma vie dans 2 ans, dans 5 ans ? En quoi est-elle si grave ? Rationaliser ce que nous avons perdu nous donne le recul nécessaire pour évacuer l’émotion et passer à autre chose.

– Créer : Parler, écrire ( celui-là, c’est mon préféré !) , dessiner … Le process créatif rend réel et palpable quelque chose qui restait abstrait et fluctuant. Cela fait sortir l’émotion de soi, structure la pensée, mets des mots sur les maux. Ainsi identifiés, sortis de vous, ils peuvent vous quitter et s’évaporer dans les limbes de l’oublie…

  •  Malgré ma responsabilité, malgré la perte, je vais bien :Ouste la victime ! Je suis le seul artisan de cette débâcle, j’en suis responsable et j’ai fait des choix qui m’ont amené ce résultat déplaisant. Et alors ! Je vais bien et je me remets au turbin ! Na !

Vous voyez l’idée…

  •  Grâce à cette erreur, je serais meilleur :Que puis-je trouver de positif dans cette situation ? En quoi me fait-elle grandir ? Qu’ai je appris de cette attitude ? Comment cette perte va-t-elle servir ma réussite future ?

Car votre réussite ne dépend que de vous ! Que ce soit clair ! Vous pouvez blâmer la terre entière (victime, es-tu là?), il n’en demeure pas moins qu’en trading plus que dans n’importe quel métier que je connais, vous êtes le seul artisan de votre avenir.

Il y a certes des facteurs aidants ou bloquants (capital, compétence, personnalité, entourage) mais au fond, tout ceci, c’est des excuses ! Certains traders talentueux travaillent avec l’argent des autres. Nous sommes tous absolument incompétents à la base et seul le travail nous apporte la compétence nécessaire, nous avons tous des casseroles plus ou moins lourdes à trimbaler sur notre route, et nous sommes tous entourés de personnes qui nous aident ou nous ralentissent ! Cela sera plus ardu pour certains que pour d’autres, mais la seule chose qui m’intéresse, c’est qu’en fin de compte, vous seul avez la responsabilité de vos rêves, de vos projets et de l’énergie que vous souhaitez y consacrer.

Afin de cheminer sur ces 3 phases de réflexion, vous aurez souvent besoin d’un « tuteur de résilience », ce peut-être une personne évidemment, mais aussi une phrase, une idée, une croyance, bref, un déclic qui vous fait sortir de la phase 1 pour passer en phase 2 et accéder sans peine à la phase 3.

Avec l’habitude, le déclic se fera tout seul, pour vous permettre de retrouver rapidement un fonctionnement optimal.
Bons trades et bonne rentrée !

Une réflexion au sujet de « Deuil du succés et resilience »

  1. Excellent article Caroline,

    C’est vraiment dans les moments plus difficiles, quand notre portefeuille ne va pas comme espéré, que les vrais difficultés reliées à l’investissement en bourse font leur apparition.

    À ce moment précis, notre raisonnement fera souvent foi de notre succès ou non en bourse.

    Martin
    http://www.investir-a-la-bourse.com

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