Facteur de risque et discipline

 

 

Comment faire face au risque ?

Pour aborder la question du risque, je ne peut pas faire l’économie de la question du processus de travail. Mais avant toute chose, ça veut dire quoi, un processus de travail ?

Un processus de travail c’est l’ensemble des facteurs inhérents à l’opération, et il faut remonter très loin pour appréhender cette question de manière complète :

Apprentissage : êtes vous suffisamment formé pour appliquer un système créé par un tiers ou pour en créer un personnel ?

Choix de marchés : Avez vous choisis le marché sur lequel vous opérez par dépit ou opportunité ( vous avez lu une stratégie ou un article et vous avez choisis arbitrairement ce marché) ou l’avez vous choisis  parce qu’il est cohérent avec avec votre psychologie, votre système de travail et vos besoins ?

Choix de time frame : L’échelle de temps sur laquelle vous opérez est elle en concordance avec ce que vous êtes et avec votre stratégie ou tentez vous de vous plier aux exigences de votre échelle de temps ? Le choix d’un time frame doit être le résultat et non la cause : afin d’être en mesure d’appliquer un système de travail préformant, vous devez vous y sentir à l’aise. Souvent, un trader débutant va tout d’abord choisir une échelle de temps et tenter de se plier à ses exigences, alors que le raisonnement devrait être inversé : quelle politique de risque suis je capable d’appliquer et sur quel horizon de temps est elle cohérente ?

Choix d’indicateurs et de signaux d’entrée : êtes vous plutôt conceptuel et analytique , avec un besoin de points d’entrée très qualitatifs, dans ce cas, vous devez aussi être patient pour être en capacité d’attendre cette configuration, ou au contraire, êtes vous friand de liberté et d’action, et dans ce cas, contentez vous de signaux approximatifs et privilégiez la gestion de position.

La politique de risque et money management : avez-vous une exposition , tant dans la taille de position que dans sa gestion, qui correspond à l’ensemble des points précédents ?

Et enfin, comment procédez vous à l’ analyse de votre session de travail, avez vous des outils de reporting ? Sinon, il n’est jamais trop tard pour bien faire !

Voilà pour la partie technique du process de travail , vous devez valider chacun de ces points. Votre processus de travail reprend l’ensemble de données opérationnelles de votre trading, l’ensemble des actions d’un traders. Plus il sera standardisé, plus vous vous offrirez de force pour gérer l’imprévu.

Mais un prossess de travail ne s’arrête pas là, reste la question qui fâche :

Dans quelle cas vais-je pouvoir opérer ?

C’est une question plus floue, moins palpable et pourtant, elle a toute son utilité, pour ne pas dire nécessité :

Suis je en capacité d’appliquer mon processus technique ?

Les zones de risques sont partout, et un bon système de travail n’est pas garant de sécurité sur les marchés. Si vous n’appliquez pas votre processus de travail, il ne sers à rien, et j’irai même plus loin, il vous est préjudiciable car inconsciemment , l’existence de votre système vous donne une illusion de sécurité. Les règles que vous créez vous octroient une certaine confiance, que vous ne devriez pas avoir, puisque vous ne respectez pas ces règles. L’engrenage est donc lancé : vous vous sentez sécurisé par l’existence d’un système gagnant, et cette confiance vous pousse à l’erreur.

Faisons un aparté, et revenons sur la quête de sécurité. De l’ensemble des traders que j’ai pu suivre, j’ai constaté que la quête de sécurité est un miroir aux alouettes. Chacun cherche à opérer avec un maximum de certitudes. Nous vivons, de plus, dans une société qui nous pousse à cela. Nous fuyons compulsivement la précarité et refusons souvent de nous en remettre au destin.

Pourtant, lorsque nous prenons une position, nous « parions » sur l’avenir ; et personne ne connaît l’avenir. Certes, les événements passés nous informe d’une probabilité plus ou moins grande d’un mouvement haussier ou baissier, mais concrètement, cela ne s’est pas encore produit, et nous ne pouvons rien maîtriser sur ce point.

Gérer son risque, c’est accepter que l’on ne connaît pas l’avenir, c’est envisager et embrasser la possibilité de s’être trompé. Sans cette reconnaissance de vulnérabilité et cette acceptation que nous ne maîtrisons pas l’évolution des prix, nous serons toujours affaiblis sur les marchés.

Ce que nous maîtrisons parfaitement , ce sont les conditions avec lesquelles nous décidons d’appliquer notre système.

Et justement, ces conditions, qu’elles sont elles?

Au niveau compétences tout d’abord :

Suis-je formé à une stratégie que je maîtrise ou ai-je créé ma propre stratégie ?

Cette stratégie est elle profitable et sous quelles configurations de marché ?

Pour prendre un exemple, si vous avez une stratégie de suivi de tendance et que le marché est dans un range, vous n’avez pas de bonnes conditions pour trader car le marché ne vous donne pas la configuration nécessaire à la bonne application de votre stratégie.

Ce qui nous amène logiquement à la question suivante :

Suis-je apte à reconnaître la configuration de marchés nécessaire pour opérer ? Comprenez bien que ce n’est pas vous qui décidez, vous ne maîtrisez rien là dessus ! Soit la configuration est bonne , soit elle ne l’est pas ! Ayez une vision binaire sur ce point, car votre action sera binaire : vous rentrerez ou pas, il n’y a pas d’approximation qui tienne !

Mais avant toute chose, vous devez être en capacité de reconnaître clairement si la configuration et bonne ou pas.

Pour vous aider à reconnaître cette configuration, n’hésitez pas à noter les paramètres attendus et à les lires régulièrement. Comme un pilote de being 747, vous devez valider l’ensemble du processus avant d’entrer en action. Selon votre horizon de temps, le cahier des charges va varier :

– plus le time frame est réduit, plus votre système opératoire doit être simple car vous devez être en mesure de prendre de décisions rapides et quasi systématiques.

-plus le time frame est large, plus vous aurez besoin de compétences analytiques et techniques, plus vous aurez la possibilité de prendre en compte un nombre important de variables.

Selon ce que nous sommes, selon nous goûts, nos motivations, notre environnement, nos besoins etc… nous n’avons pas les mêmes forces et les mêmes faiblesses. Votre processus de travail

doit tenir compte de vous préférences naturelles et de vos penchants en terme de réflexion et d’action.

État des lieues des zones à risque :

-Risque de mouvement dans le sens opposé de votre position :

voilà évidemment le risque standard : le marché va à l’opposé de votre analyse .La notion de sens , peut être perçue comme spatiale , le marché monte ou descend ; mais il y a aussi la notion du temps : pendant combien de temps et jusqu’à quel prix le marché va t’il monter ou descendre. Dans cette question du sens, nous devons aussi réfléchir à la question du timing. J’ai connus des traders qui parfois se disent que le marché finira bien par se retourner, que ce n’est qu’une question de temps. Ils ont pris une position en perte latente, et ils refusent leur perte. Peu à peu, ils passent dans l’irrationnel . Penser que le marché finira par se retourner n’est pas une erreur dans l’absolu , la seule question est : auront ils été laminé entre-temps ? Lorsque j’utilise le mot « laminé » , je parle d’argent bien sur ; mais aussi d’état d’esprit, de motivation, d’émotion.

Risque d’une politique de MM et d’une gestion inadaptée :

Gardons cet exemple, je prend une position , sur un time frame , par exemple 15mn , peu importe. Ma stratégie est du suivi de tendance, la tendance de fond 1H est en concordance mais le marché retrace sur le 15mn. J’ai mon stop et mon target en place. Peu à peu, le marché se rapproche dangereusement de mon stop, je commence à mal le vivre et je décide de bouger mon stop.Aprés quelques minutes, je constate que le retracement n’en est pas un, c’est un revirement de tendance!

Donc, votre stratégie est du suivi de tendance, mais vous êtes à l’opposé. Vous avez déjà une perte latente inacceptable car vous avez décalé votre stop. A ce moment là, couper est très difficile ; et c’est là qu’on se dit, comme une incantation divinatoire qui nous rassure : le marché finira bien par se retourner. Je le répète, on a pas fondamentalement tors au moment ou l’on dit ça. Les marchés passent et repassent par les mêmes prix, inlassablement ! Toutefois, jusqu’à quel prix et pendant combien de temps allez vous tenir le coup ?

Et c’est ici que le money management prend toute sa place.

Le forex vous offre des effets de levier absolument délirants ! C’est un moyens pour gagner de l’argent, c’est sur, mais aussi un moyen pour en perdre beaucoup. Avec un fort effet de levier, vous n’aurez absolument aucune marge de manœuvre  , plus vous utilisez de levier, moins vous avez droit à l’erreur.

Votre politique de MM doit donc être construite en cohérence avec votre stratégie d’entrée , votre politique de gestion ,votre capital, votre marché et votre horizon.

Personnellement, avec une stratégie identique sur le Dax en contrat future et sur le Forex, sur le même time frame, j’utilise 2 fois moins de levier sur le Dax, car la volatilité du marché m’oblige à mettre des ordres limites (stop et traget) plus éloignés.

-Risques de dérivesémotionnelles et comportementales.

Tout les risques que je viens vous énumérer peuvent être en grande partie éliminés avec un bon processus de travail et de la discipline.

La discipline

Comment arriver à une discipline juste ? C’est à dire en concordance avec ce que vous êtes et avec les besoins du trading ?

Il n’y a pas de réponse viable et duplicable à l’infini.

Pour certains, la discipline est naturelle, et pour d’autres non.

La question centrale reste : « Est ce bon pour moi ?

Soigner votre motivation à bien faire, à faire ce qui est bon pour vous en trading ; avec suffisamment d’intention positive pour votre avenir et une mise en perceptive dans le temps : voilà le secret de la discipline ! il faut associer la discipline à quelque chose de positif et d’agréable. Dans notre société, on a une vision plutôt négative de la discipline, on l’associe à des attitudes ennuyeuses, bornées, fermées . Et cette vision, il vous faut la changer .

Selon votre personnalité, vous êtes plus ou moins attirés par la liberté, le laisser-aller et l’improvisation. La manière dont vous allez éviter les pièges que j’ai évoqué est directement liée à votre vision globale de la liberté et de la discipline.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que vous parviendrez à plus de liberté dans votre vie si vous réduisez votre marge de liberté en trading et si vous créez votre système disciplinaire motivant et dans lequel vous adhérez pleinement.

Rome ne s’est pas construite en un jour, et toute la difficulté réside dans la question des petits pas. Avoir une trajectoire globale, au long terme, et diviser le travail car à chaque jour suffit sa peine.

Acceptez que vous ne pourrez pas révolutionner votre trading en 5 min, et gardez une vision plus large sur votre avenir. Globalement, avoir des exigences fortes et immédiates est porteur de stress et de démotivation.

Pour travailler votre discipline , ayez une vision grand angle, et avancez pas à pas.

Choisissez tout d’abord, une habitude de trading, simple pour vous, à laquelle vous adhérer pleinement et conformez vous, quoiqu’il arrive, à cette habitude.

La discipline s’entend très bien avec la routine, pas très engageant, je vous le concède, et pourtant diablement efficace ! Chaque jour, apprenez à répéter cette habitude, cette routine pour que le geste, l’intention se grave peu à peu en vous, devienne une seconde nature.

Mais quel geste pouvez vous choisir ?

Cela va dépendre de votre niveau de trading et l’avancée que vous pouvez avoir sur votre système , de votre capacité ou non à appliquer ce système, et votre confiance dans ce système.

Je tiens à préciser que travailler sur votre discipline ne sers à rien si vous n’avez pas déjà un système de travail. Si vous n’en avez pas, concentrez vous sur la création d’une stratégie ou sur l’apprentissage d’une stratégie existante.

Parce qu’il faut bien faire les choses dans l’ordre, chercher à se discipliner de manière globale est une perte de temps. Tout votre être doit adhérer à un mode opératoire, sinon, vous serez toujours tenté de sortir du système.

Voici quelques conseils pour travailler votre discipline !

Il vous faudra ancrer des habitudes, une manière de penser et de concevoir votre travail et pour cela, c’est votre vision qui doit évoluer :

Habitude N°1 :

Pensez de manière positive ! Ne dites pas : « je ne reculerai pas mon stop, ou je ne prendrai pas de trade impulsif ». Si je vous dis de ne pas pensez à un éléphant, à quoi pensez vous ? A un éléphant ! C’est pareil partout ! Formulez de manière positive : « aujourd’hui, mon objectif est de respecter mon système, je n’ai aucune autre finalité que de respecter mon système. »

Habitude N°2 :

Trouvez vous quelqu’un , trader ou pas à qui vous rendrez des comptes , tout les jours et engagez vous auprès de vous même et auprès de cette personne.

Plus globalement, rompez la solitude, rejoignez des groupes de trading. Nous avons travaillé, à l’automne avec un groupe de mastermind de trader , et j’ai été très surprise de voir l’impact que nos conversations pouvaient avoir sur le groupe. Rompre la solitude dans le trading est une habitude très bénéfique et pas uniquement pour accroître votre niveau de discipline, mais aussi votre niveau de plaisir. Ce qui nous amène à …

Habitude N°3 :

Définissez un système de récompenses. Je sais, nous ne somme plus à l ‘école primaire et les bons points nous semble dérisoires ; et pourtant, nous avons quasiment tous été élevés sur ce schéma ! Il fait partie de nous, que nous y adhérions ou pas ! Définissez des systèmes de récompense automatiques pour chaque « bonne » action. Une bonne action, c’est une action qui respecte votre process de travail . Vous avez bien gérez une perte  Vous avez résisté à votre envie de trade impulsif ? Vous avez respecté vos limites de temps, de perte ou de gain ? Récompense. Cela permet de développer une réaction de plaisir à la discipline , qui peu a peu ne sera plus associée à la douleur, ou à la frustration mais au plaisir.

Habitude N°4 :

Faites vous un journal de trading, et consignez tout : vos actions, les résultats et votre état interne. Ce journal deviendra votre bible et , quand dans 3 mois vous relirez l’ensemble et que vous constaterez que la discipline vous aide à travailler plus sereinement ; cela sera une motivation de plus pour respecter votre discipline !

Une variante aussi pour votre journal pourrait être de noter toutes les fois où vous avez envie de sortir du système. Notez dans quel contexte vous avez cette envie et ce que vous comptez faire de cette envie.

Habitude N°5 :

Freinez votre enthousiasme ! Je sais, vous allez y perdre votre latin ! Je vous dis d’un coté de soigner votre motivation et de l’autre de freiner votre enthousiasme , pas facile de s’y retrouver, je m’explique :  mettre suffisamment d’intention, mais pas trop .

Si vous démarrez sur les chapeaux de roues, vous allez vite vous épuiser et le contraste entre l’enthousiasme du début et la routine qui s’installe sera une difficulté supplémentaire. En plus, un fort enthousiasme vous pousse à avoir des attentes fortes . Le trading est une course de fond, beaucoup mettent plusieurs années avant de pouvoir vivre du trading, et beaucoup aussi abandonnent en cours de route.

Gardez de l’énergie en réserve et acceptez d’avancer tranquillement !

Ces 5 habitudes ne sont que des étapes, et la discipline est un travail de long haleine.

Donc, comme vous l’avez très certainement compris, un trade, c’est un risque à prendre, pour quiconque, par contre certains prennent des risques plus calculés que d’autres, je vous laisse deviner qui des 2 a le plus de chances de s’en sortir !

2 réflexions au sujet de « Facteur de risque et discipline »

  1. Salut Caroline,

    Article et vidéo un peu longs mais plein de bons enseignements! La discipline s’obtient avec la motivation, une routine (habitudes) solide et efficace et la réalisation de progrès constants.

    L’habitude N°1 et N°5 sont délicates à appréhender ensemble mais permettent de contenir ses émotions et de rationaliser le processus. Un des gros atouts souvent mis en avant par l’approche automatique.

    Ben

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *