Héritage familiale

Aujourd’hui, point de trading, je vais vous raconter une histoire qui remonte bien avant nous.

Pourquoi je choisis de vous raconter cette histoire banale et sans panache ? Pour illustrer une idée à la fois simple et terriblement complexe :

Nous faisons partie d’une chaine, et si revenir sur le passé à tout bout de champs ne nous aide pas vraiment à avancer, il est parfois utile de jeter un coup d’œil derrière pour prendre la couleur de notre héritage, pour estimer l’impact qu’il a sur nos choix et sur nos réactions, pour accepter avec plus de douceur ce qu’il nous a transmis.

Cette histoire est une histoire parmi d’autres .Banale, elle n’est pourtant pas forcement la vôtre, prenez-là à titre d’exemple et de distraction, si tant est que ma prose vous distrait…

1952 :

Franck a 6 ans, c’est le grand frère d’une fratrie de 3 enfants, il est rêveur, créatif et, il faut le dire, un peu en dehors du monde. Il aime imaginer des histoires, observer le monde et possède une grande sensibilité.

Franck fait partie de cette génération où les enfants n’ont pas grand chose à dire ; de cette génération qui hérite de la lourde tache de reconstruire un pays dévasté par la guerre, de cette génération qui doit expier les fautes de leur pères. Dés le plus jeune âge, les parents de Franck s’exaspèrent de sa nonchalance. Surtout son père qui a tellement souffert pendant la guerre, prisonnier pendant 3 ans.

« Pourquoi est-il si mou et pleurnichard? C’est insupportable ces étourderies à la fins ? Tu vas voir, je vais te dresser moi ! » …

Peu à peu, Franck grandis avec la certitude de ne pas être comme il faut. Quand il se trompe ou qu’il fait des bêtises, il prend des torgnoles, et sa maman le mets en garde : « Arrêtes tes bêtises enfin ! » alors, comme Franck aime ses parents, et qu’il souhaite plus que tout en être aimé en retour, Franck change peu à peu.

Il ne passe plus ses après-midi d ‘été à regarder les formes des nuages, il ne pers plus son temps à imaginer des histoires fantastiques, il ne s’extasie plus devant la lumière du soir : Franck étudie ses tables de multiplication et ramène de bonnes notes, aide papa à réparer la voiture, cours pour ramener les courses dont maman pour préparer le diner. Et les parents de Franck sont contents. Il a enfin compris, il a enfin grandis et ne passe plus des journées entières à penser à des bêtises sans intérêt. Le papa de Franck est très fier, et même s’il ne l’aime pas plus qu’avant, il a enfin des raisons pour le montrer, pour le féliciter ,et pour se rapprocher de lui.

Son père se rassure peu à peu, il est en train d’élever un homme qui saura faire face aux difficultés de la vie.

Franck, lui, grandis sans passion, il s’est peu à peu coupé de lui-même et il se contente de faire ce que l’on attends de lui, avec énergie et acharnement, mais sans joie.

Avant, lorsqu’il passait son temps à rêvasser, il se faisait toujours gronder ou taper dessus, et il avait la sensation que ses parents ne l’aimaient pas. Aujourd’hui, c’est bien différent, il est le modèle de ses petits frères, et il est très fier de cette promotion. Une toute petite chose le chagrine, c’est imperceptible et il n’en a absolument pas conscience : il développe cette croyance fausse et inconsciente que l’amour de ses parents est conditionnel, qu’il doit réussir pour être aimé !

A cette époque, les parents ne disent pas souvent à leurs enfants qu’ils les aiment, c’était pas la peine. « Enfin, c’est évident, un père et une mère aiment leurs enfants ;

on ne va pas faire tout un roman non plus ! » Non, on les félicite quand ils réussissent et on les gronde lorsqu’ils échouent, pour les motiver, pour leur faire comprendre que le monde est cruel et qu’il faut se battre si tu veux quelque chose dans la vie. Mais on ne rentre pas dans une sensiblerie de mauvais gout : les enfants, ça se tait, ça écoute et ça doit par faire de vague !

Franck grandis, devient un homme ; trouve une épouse qu’il aime tendrement et de qui il a besoin d’être aimé, alors il fait tout bien comme il faut. Il trouve un bon travail ; sérieux et stable, et avec les années il monte en grade car Franck est intelligent et travailleur. Il a une jolie maison, des enfants et une femme qu’il aime.

Pour montrer son amour à ses enfants, il les pousse et les motive ! Le grand est très bon en tennis, alors Franck l’emmène à l’entrainement, et lui dit bien à quel point c’est important qu’il gagne, qu’il travaille, qu’il donne tout ce qu’il a. Sans le dire directement, il fait bien comprendre à son ainé que pour mériter le respect et l’amour paternel, il doit gagner, que dans ce monde, il n’y a pas de place pour les perdants.

Franck n’est pas très doué pour montrer son affection, personne ne lui a appris, et s’il est moins abrupte que son père, il n’en est pas démonstratif pour autant !

En grandissant, l’ainé de Franck ; Paul ; se lasse du tennis ; il en a assez des entrainements 2 fois pas semaines et des compétitions le week-end, il voudrait trainer avec ses pots, avoir du temps pour les filles, et il en parle à son père : il veut arrêter le tennis.

Mais là ; il en est hors de question ! Voila 5 ans que Franck passe un temps fou à le préparer, et il n’acceptera que Paul « foute son avenir en l’air ».

Finalement, de guerre las devant sa démotivation , Franck accepte et Paul arrête le tennis, mais entre eux, quelque chose s’est brisé. Franck s’occupe plus de son cadet, qu’il avait délaissé jusque là faute de temps, et si Paul en est ravis sur le moment car il a enfin la paix, il a appris quelque chose qui va la gêner pendant des années : « pour être aimé, je dois réussir ! Dans la vie, soit on réussît, on est digne de recevoir de l’amour et de l’attention»

Paul devient un adulte, et la suite, vous la connaissez !

Il se mets au trading et son rapport à la réussite et à l’échec le pousse vers les dérives irrationnelles que nous connaissons probablement tous, un besoin de revanche, attitudes auto-destructrices, refus de la perte…

Et enfin Paul finis seul, pauvre et malade 😉

J’espère que cette histoire vous a remonté le moral !

Une réflexion au sujet de « Héritage familiale »

  1. La réussite est un moteur, elle est porteuse quand elle concrétise une effort sur soi-même, un dépassement individuel ou collectif, quand elle est l’aboutissement d’échanges, ou guidée par nos valeurs profondes.
    Mais quand la réussite est une injonction venant d’un héritage transgénérationnel complexe et peu compréhensible, ou si elle est soumise à la domination d’une fausse croyance, ou dépendante de l’image de soi que l’on souhaite projeter, alors elle est une prison!

    Nul besoin parfois d’être jugé pour aller en prison, on s’y met très bien tout seul… Retrouver le plaisir de réussir de petites choses l’une après l’autre est une voie de sorite de crise.
    Le plaisir de réussir est puissant s’il est sans conditions!
    Il suffit de voir tous ces traders (tradeuses) qui ont réussi, et qui se mettent à aider ceux qui peinent 🙂

    Merci Caroline.

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