Le « Blanc mental » des traders

En cette période estivale limite caniculaire, les esprits sont parfois aussi alanguis que les corps et force est de constater que la vivacité d’esprit, l’énergie au labeur ou la motivation au travail régulier s’en trouvent nettement amoindri.

Dans les têtes, les idées peinent à se dérouler et le temps s’écoule, cotonneux et peu productif : c’est un état de « blanc mental » comme s’il n’y avait plus personne dans nos têtes, nous ne sommes pas vraiment là, pas non plus ailleurs, un no men’s land de l’intellect.

Cet état peut être généré par la chaleur, le repos, l’inaction ou la lassitude saine du sportif et dans ce cas, il est plutôt positif tant il permet de faire le vide, de distinguer l’indispensable du superflu, de revenir au travail avec un esprit calme et alerte pour faire face aux aléas, souvent nombreux.

Toutefois, ce « blanc mental » peut avoir d’autres origines : Choc devant l’adversité ou la perte, incapacité à réfléchir face à une situation problématique, perte de confiance dans notre valeur profonde ; un état diffus de stress et d’angoisse peut faire perdre de vue toutes les alternatives réelles et aucune issue ne se profile à l’horizon.

A ceux que se trouvent dans cette situation, je voudrais dire 2 choses :

  • Quelles que soient les erreurs qui vous ont amenées temporairement dans l’impasse, il y a de nombreuses alternatives possibles.
  • Vous avez besoin de reprendre confiance en votre valeur pour les trouver, les accepter et les mettre en action.

Car soyons clairs, lorsque vous vivez un « blanc mental » dû à l’angoisse, il y a une cause. Vous en êtes responsables ou non, peu importe, car vous seul avez le pouvoir de vous en extraire. La solution ne viendra pas de l’extérieur et si certaines relations vous aident à passer le cap, il n’en demeure pas moins que vous êtes responsables des relations que vous entretenez avec des personnes aidantes ou non. Certaines auront tendance à accroitre votre sentiment de culpabilité, vidant chaque jour un peu plus votre esprit de sa substantifique moelle ; d’autres seront tournées vers les solutions, vous aidant à reprendre confiance en vous et en l’avenir.

Lorsque le trader se trouve dans un « blanc mental », la cause est généralement simple : il a mal géré son argent et il se sent coupable, nullissime, incapable. Souvent, s’il a mal géré, c’est qu’il a présumé de sa compétence et de sa capacité à gagner. Il s’expose de façon délirante, car il sait que le marché va partir dans son sens. Comment le sait-il ? C’est bien ça le problème : il n’en sait rien, mais il a tellement envie de le croire qu’il se convainc lui-même via des arguments fallacieux et erronés.

Alors, quand il s’est fait « déchirer » par le marché, il ne lui reste que ses yeux pour pleurer et implorer la bonne mère pour que la solution tombe du ciel, car il est incapable de penser (panser ?!!) la situation problématique dans laquelle il s’est fourré. De solution toute faite, il n’y a pas et c’est ceci qui reste compliqué à gérer.

Car il n’a pas perdu que de l’argent, il a perdu sa confiance et son espoir, les pieds dans le béton, il est incapable d’avancer.

En trading, le « blanc mental » est d’autant plus violent qu’il est lié à la confiance aveugle et délirante du trader avant de réaliser sa perte : Le matin, roi inconstatable des marchés, prêt à en découdre et certain mordicus que le marché va le payer ; l’après-midi, lessivé, laminé, trucidé. L’effet rebond est rapide et violent, plus la certitude de gain était forte, plus le retour de manivelle est difficile à gérer.

Alors, si vous vous trouvez dans cette situation, que faire ?

Dans un premier temps, vous devez reprendre des forces, vous êtes comme un boxeur battu par KO, avant toute chose, vous devez vous relever.

Ce qu’il ne faut pas faire :

  • Entretenir votre culpabilité : vous répéter à quel point vous êtes nul ne vous aidera pas à sortir au mieux de cette situation
  • Vous isoler : la solitude ne vous aidera pas à sortir au mieux de cette situation

 

Ce que vous devez faire :

  • Reconnaitre la réalité, accepter la douleur et prendre conscience qu’elle passera, car nous guérissons de tout ou presque.
  • Vous soigner : vous êtes blessés moralement, or, une blessure morale doit être soignée, au même titre qu’une blessure physique. Pour soigner un « blanc mental », tournez-vous vers vos plaisirs simples : se promener, prendre une douche, écouter de la musique, lire à bon livre, voir un bon film…
  • Vous rapprocher des personnes qui vous aiment inconditionnellement : celles auprès de qui vous n’avez pas besoin de paraître, celles qui seront toujours là quoiqu’il se passe. Sans leur dire concrètement ce qu’il s’est produit, dites-leur que vous avez besoin de leur soutien, que vous passez une période difficile.

Dans un second temps, lorsque les idées et la force commencent à revenir, le travail n’est pas terminé, loin de là…

Ce qu’il ne faut pas faire :

  • Tirer un trait, faire comme s’il ne s’était rien passé : vous êtes à même de regarder les choses en face alors ne tombez pas dans le déni, sinon, vous referez la même erreur dans un mois ou dans un an, ce n’est qu’une question de temps.
  • Abandonner avec regret : votre perte est trop importante et vous abandonnez le trading par dépit avec un arrière-gout de « et si… », ce même « et si… » qui vous fera recommencer dans 3 mois. Si vous abandonnez, faites-le pour de bonnes raisons.
  • Laisser ce « trauma » vous dicter vos actions de trading : La lassitude du « blanc mental » laisse de traces psychologiques et c’est votre angoisse, votre peur de revivre cela qui va dicter vos choix.

Ce que vous devez faire :

  • Regarder dans le détail ce que vous avez fait, prendre des notes sur ce que vous avez ressenti, comprendre quel était votre but
  • Confronter les actions à la réalité des marchés, de votre stratégie, de votre objectif
  • Déduire de façon factuelle votre part de responsabilité
  • Elaborer les scénarios alternatifs et porteurs : lorsque vous aviez tel niveau de perte acceptable, qu’auriez-vous du faire ?
  • Envisager l’ensemble des alternatives possibles aujourd’hui : Même les alternatives farfelues ou inenvisageables doivent être couchées sur papier. Suite à cet évènement, quels sont les choix qui s’offrent à vous ? Que devez-vous changer ou améliorer pour ne plus vivre cela,

Vivre un échec, un choc, une perte est suffisamment difficile en soi, sans que cette perte ne vienne saper les fondations de ce que vous cherchez à construire. Cet épisode peut devenir une graine de réussite à condition que vous en tiriez profit : cela demande du travail, une approche responsable et une grande prise de recul.

J’ai un scoop pour vous : c’est difficile, mais tout commence par un choix, alors, la seule question qui a réellement de la valeur est : Le choisirez-vous ?

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