Les conflits internes en trading

 

En PNL (programmation neuro linguistique), il existe une technique pour nous aider à gérer nos conflits internes. Mais avant toute chose, qu’est-ce qu’un conflit interne et comment cela se traduit-il en trading ?

Nous sommes bien d’accord, nous faisons du trading pour gagner de l’argent, pourtant, inconsciemment, nous ne faisons pas forcément ce qu’il faut pour y parvenir. Nous pouvons avoir des croyances ou des valeurs qui viennent saborder notre objectif conscient et cela génère un conflit interne, vecteur de perte, de nervosité et parfois même de détresse. Nous avons une bonne stratégie, back testée, peaufinée en démo, assimilée parfaitement ; et pourtant, les rouages ne fonctionnent pas (ou plus !) et nous faisons des pertes.

Riche de la connaissance d’une technique de PNL appelée “réconciliation des 2 parties” que j’ai aujourd’hui mis en application, j’ai aidé un “client” (je le mets entre guillemets car pour le moment je n’en tire pas de bénéfice financier !) à mettre à jour un frein considérable à son évolution. Avec son accord, je vais partager avec vous son application, à titre d’exemple :

  1. Identifier un conflit interne :

Avec une bonne connaissance de nous-mêmes, nous sommes en mesure d’identifier nos tiraillements internes : je veux… mais :

Pour F, cela se traduit par : « Je veux être un trader profitable, mais je crois que c’est trop beau pour être vrai et j’ai peur. » Les 2 parties se nommeront donc logiquement “je veux” et “j’ai peur”  (libre à vous de leur donner un nom plus personnalisé)

  1. Donner un physique et une personnalité aux 2 parties :

Pour F, “je veux” est un homme jeune, brun, avec une petite barbe bien taillée, les yeux sombres et le regard perçant, un costume taillé sur mesure. Il a le même visage que F mais dégage beaucoup plus de charisme. Il est calme, sûr de lui et va droit au but.

“J’ai peur” a aussi le même visage que F mais se tient courbé, a un pantalon trop court, des lunettes cassées, il tremble, et manque cruellement d’assurance. Le moindre bruit le fait frémir.

  1. Demander aux 2 parties quelles sont leurs intentions :

“Je veux” : J’ai l’intention de rester libre de mon destin et de gagner ma vie avec le trading, sans autres contraintes que moi-même et ma famille. J’ai l’intention de continuer à vivre avec aisance, sans me soucier de mes dépenses et de disposer de mon temps à ma convenance.

“J’ai peur” : J’ai l’intention de me protéger de la désillusion, ce n’est pas possible de gagner de l’argent aussi facilement et j’ai bien l’intention de montrer que l’argent mérite que l’on se donne de la peine. Gagner beaucoup d’argent sans rien apporter à la société est immoral, j’ai l’intention d’apprendre à mes enfants la valeur du travail et de l’honneur.

  1. Engager le dialogue entre les 2 parties :

Demander aux 2 parties quelles sont leurs intentions positives et leur but :

“Je veux” : J’ai l’intention de conserver et d’accroître ma liberté, et d’avoir le temps et l’argent à consacrer pour devenir quelqu’un de meilleur.

“J’ai peur” : Mon but est de faire renoncer “je veux” à des rêves illusoires et de protéger F et sa famille de la banqueroute.

“Je veux” : Ce n’est pas en prenant des risques inconsidérés que j’aiderai F à remplir mon objectif. Gagner veut aussi dire prendre des sécurités.

“J’ai peur” : Quand F se met à perdre, tu prends des décisions irrationnelles, tu surenchères et recules tes stops, F a déjà perdu 1/4 de son capital de trading, il court à sa perte.

“Je veux” : Il possède toutes les cartes pour réussir, une bonne stratégie et un bon mental, il doit juste affiner certains comportements et comprendre pourquoi il déraille de temps à autres, c’est justement ce qu’il est train de chercher. Laisse-lui le temps de devenir ce qu’il souhaite.

“J’ai peur” : Il ne va pas changer comme ça en claquant des doigts, il est trop têtu et orgueilleux.

“Je veux” : Il est aussi pugnace et sûr de lui, laisse-lui le temps de travailler les points bloquants.

‘J’ai peur” : Il va vivre des échecs douloureux.

“Je veux” : Il saura faire face, il est motivé et souhaite plus que tout protéger sa famille, comme toi !

“J’ai peur” : Je suis d’accord pour qu’il essaye, mais à condition qu’il élabore un processus de sécurité strict et précis. Il doit poser des stops et quand il a fait une perte, il passe à autre chose, le temps de l’avoir digéré.

(Je vous ai résumé car c’était bien plus long !)

  1. Quelles sont les ressources des 2 parties ?

“Je veux” : combattif et persévérant

“J’ai peur” : réfléchi et patient

  1. Comment F va adapter son fonctionnement pour contenter ces 2 parties tout en gardant son objectif global :

Suite à cette longue discussion interne, F est parvenu à plusieurs conclusions :

Ø  Son objectif n’est pas “écologique”, c’est-à-dire, qu’il ne correspond pas réellement à ses capacités immédiates, il a donc décidé de diviser son objectif final en un plan d’objectifs intermédiaires plus adapté. Il projette d’en être à tel stade au mois de mai, de septembre etc…

Ø  Sa politique de risque très vague est trop anxiogène, il va travailler dans les prochains jours à définir des stops bien calculés (derniers plus haut/bas, résistances, moyennes mobiles…), des take profit moins ambitieux, établir une check list des points à valider avant de prendre une position afin de rester conforme à sa stratégie.

Ø  Il va étudier son niveau de vie, revoir certains pôles de dépenses à la baisse afin de se laisser plus de temps pour devenir un trader profitable. Il va étudier lequel de ses placements il clôturera éventuellement s’il ne parvient pas à son objectif à temps, ceci sonnant l’alarme de la dernière chance.

Grâce à ce dialogue interne, F a donné la parole à une partie de lui très motivée et à une autre très angoissée. Le fait d’avoir donné des visages, des vêtements, une personnalité et des idées à chacune des parties lui permettra à l’avenir de réamorcer ce dialogue lorsque qu’il se sentira profondément stressé, ou au contraire trop confiant et enclin à des prises de risque délirantes.

Inhiber nos résistances n’est pas la bonne approche, à mon sens. Reconnaître nos différentes parties nous donne la liberté de les convaincre et de vivre avec plus de sérénité. Cette approche quasi schizophrénique peut sembler bizarre mais je la partage avec vous car, avant ce matin, F n’avait pas du tout conscience du degré de peur qui l’affectait. A présent, il a mis sa peur en lumière et sera plus à même de la gérer efficacement. Tout n’est pas fait évidemment, c’est une des étapes d’un long voyage, mais un escalier ne se monte-t-il pas marche après marche ?…

C’était la première fois, aujourd’hui que je mettais en pratique cette technique, F en est resté médusé, j’aimerais vraiment savoir ce que vous en pensez, merci de me le dire dans les commentaires.

6 réflexions au sujet de « Les conflits internes en trading »

  1. Je trouve ton approche excellente. Il lui  »reste » à définir un money management à sa mesure et dernier point important, définir des points de sorties (mécanique) avec une gestion rigoureuse de ses lots ou de ses contrats.
    PS: Caroline, je te souhaite tous tous mes voeux pour 2013.

  2. Très intéressant ce travail de conceptualisation, Caroline.

    Il me semble finalement que tout revient à la formalisation. On décrit son business model qui découle sur son business plan.
    Le trading, une entreprise comme les autres? 😉

    Meilleurs voeux à toi pour 2013.

  3. Franck Merci,

    « Le trading, une entreprise comme les autres? » Quelle bonne question!!
    je vais tenter d’ apporter un élément de réponse dans un article dédié a cette question cruciale
    Merci!!!

  4. Salut Caroline,

    je viens de lire cet article, désolé de ne pas l’avoir fait avant….
    je voulais te remercier pour le suivi que tu fais avec moi, ça m’aide profondément, et même lorsque nous aurons finis, je continuerais a utiliser tes techniques, qui changent vraiment ma vision des choses.
    Je veux aussi témoigné que cet exercice est vraiment très puissant, lorsque je trade, depuis une semaine, je reconnais qui parle en moi et je choisis de suivre l’une ou l’autre de mes parties pour mon plus grand avantage.
    Je suis plus serein et moins impulsif dans mes choix , si je fuis un trade, je sais que c’est la bonne solution et je suis moins abattu suite a une perte (comme aujourd’hui) car elle n’ébranle plus les fondations que je suis en train de construire grâce a toi.
    J’ai beaucoup de chance que tu ais choisis de m’aider, merci

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