Les traders sont fous !

 

En 2009 ; une étude Suisse « montrait » que les traders institutionnels étaient plus agressifs et manipulateurs que des psychopathes ; que le besoin d’avoir raison , de battre leurs concurrents et d’assoir leur zone de pouvoir sortait de la normalité. Bref, que les traders sont des fous psychotiques et égocentriques.

Ce qui m’intéresse dans cette information, ce n’est pas le résultat de cette « étude » tant elle est politiquement orientée, et tant elle suis l’air du temps qui voudrait faire passer le spéculateur pour une salle bête, une « bouteille de gaz dans une cheminée ». Non, ce qui est intéressant, c’est l’avant, l’après, l’autour.

Quels profils recherchent les fonds d’investissements ou les institutionnels ? Quel pouvoir et quelle autonomie donnent-ils au trader? Quels supports ,opérationnels et psychologiques, ont-ils quotidiennement ?

Donner une liberté implique aussi de donner les moyens de la gérer !

Et c’est ici que cela coince franchement. Pour faire court, le manager dit à un jeune analyste tout frais moulu sortis de l’école : « Voila X millions, fais-nous gagner de l’argent ! » Basta !

Les dérapages de quelques traders institutionnels ont mobilisé l’opinion publique. En France, nous avons l’affaire Kerviel qui montre bien que le système bancaire confie à un seul homme un pouvoir énorme. Kerviel paye pour d’autres. Je ne vais pas en faire un martyr, il a perdu pied, c’est une évidence, il a sa part de responsabilité dans une escalade d’engagement ; mais c’est bien le fonctionnement des institutionnels qui lui a donné ce pouvoir et cette possibilité.

« Les traders sont des fous » ok, mais la vraie question est celle-ci : les institutionnels recrutent-ils des fous à la base, ou c’est leur fonctionnement qui peu à peu pervertit la vision de la réalité, le rapport au pouvoir et à la décision ?

Ce que le trading nous demande va à l’encontre des instincts qui font de nous des hommes, le sujet est largement traité sur ce site, mais si l’on ajoute à cela la pression hiérarchique, des procédures de gestion de risque perverties et la concurrence entre les traders, a quoi pouvons-nous nous attendre ?

Dressez un animal sauvage a devenir agressif, et étonnez-vous qu’il vous morde la main ! En tradant dans mon coin, et dans d’excellentes conditions (pas de pression extérieure, pas de concurrence, du calme et de l’autonomie), je vois déjà la violence de l’activité. Trader pour une hiérarchie, avec le poids du regard de l’autre, de la concurrence, de la performance obligatoire quelque soit les configurations de marché est extrêmement déstabilisant.

Je pense qu’il faut remettre les choses à leur place : très peu d’individu ont suffisamment de self-control, de résistance et de capacité de gestion du stress pour vivre cela 5 jours par semaine ! Dire que ces gens sont pire que des psychopathes est une aberration : ce sont des jeunes diplômés qui sont soumis à une pression énorme, et à qui on donne un pouvoir qu’ils ne devraient pas avoir.

Le monde de la finance est en ligne de mire de l’opinion publique, le trader est lapidé sur la place publique comme le symptôme d’une économie malade et sclérosée. Le principe des marchés ne gênait personne lorsque l’argent coulait à flots, lorsque les états n’étaient pas endettés jusqu’au dents, lorsque les consommateurs ne subissaient pas les effets de la crise.

Mais à présent, il faut des coupables pour déverser la haine du peuple et montrer du doigt.

Y a t-il des dérives comportementales chez les traders pro ? Évidemment ! Le système de gestion des équipes d’opérateurs devrait par conséquent être revisité pour que l’individu ait un pouvoir qu’il soit en mesure de gérer et d’accepter pleinement.

Les limites doivent rester claires et palpables. Au fond, l’ensemble du système, c’est comme notre stop loss sur une position. A partir du moment où vous acceptez l’idée de décaler votre stop, il n’y a plus de limite ; la barrière est franchie et il ne reste qu’un espace dégagé et libre pour céder à toutes les fantaisies , les peurs, les fantasmes et les rêves.

La liberté infinie,les moyens énormes, le concurrence accrue sont autant de leviers qui pousse le trader pro toujours plus fort, toujours plus loin, jusqu’au jour où l’accident survient et ceci est normal : tant que tout ces énarques sur diplômés et dopés à leur propre concupiscence n’auront pas compris que des droits impliquent des devoirs et qu’on n’octroie pas des privilèges aussi larges et aussi vites à des personnes aussi jeunes, sans en payer le prix !

Une réflexion au sujet de « Les traders sont fous ! »

  1. Bonjour!
    Excellent article!

    Le problème selon, c’est que l’investissement en bourse a été dénaturalisé, c’est-à-dire, les acteurs en on fait un sprint au lieu du bon vieux marathon.

    Tous veulent s’enrichir à la vitesse grand V et prennent donc des risques obscènes et font souvent preuve de manigances frauduleuses pour arriver à leurs fins.

    Demander à un jeune trader de surpasser tous les autres et de nous faire gagner d’énormes sommes d’argent en peu de temps, c’est comme lui demander de dévaliser une banque sans prendre le temps d’évaluer les risques. Un jour ou l’autre on se fait pincer et là on perd tout.

    Comme avec l’alcool, à la bourse la modération à bien meilleur goût.

    Martin
    http://www.investir-a-la-bourse.com

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