L’homme dans l’aréne

 

Aujourd’hui, j’ai décidé de ne pas vous parler de trading directement. Aujourd’hui, je voudrais aborder un sujet tellement large, que je ne souhaite pas faire immédiatement les ponts avec notre activité de trader et je fais confiance en votre intelligence pour faire les liens avec vos réactions aux pertes, votre tendance cupide ou dans votre vision du trading en générale. Aujourd’hui, je voudrais sortir de l’action de trader pour observer une émotion que nous connaissons, qui nous dérange et qui portant est une base incroyable de progrès et de changement : la honte.

Sans regard extérieur, pas de honte ; hors, seuls quelques sociopathes ne portent aucune attention au regard extérieur. Nous vivons en grande partie de et par l’autre. Ainsi, la boucle est bouclée car, nous ne recevons jamais le regard de l’autre sans risque de honte.

Pas de relation sans honte, pas de honte sans relation, nous voilà bien avancé ! Et ça va même plus loin que la relation à l’autre, car c’est aussi vrai dans la relation que nous entretenons avec nous-même ! Être au clair avec nos valeurs, respecter ce qui nous semble juste ou necessaire, abandonner ce que l’autre attends de nous pour nous offrir ce que nous attendons de nous-même.

Vivre, c’est s’exposer à la honte ! Réalité désagréable, dérangeante, je vous le concède, mais réalité tout de même.

La honte est une des émotions les plus désagréables que je connaisse ; elle nous dit, de sa sale petite voix de fouine : « Tu n’es pas assez bon », ou « pour qui tu te prends ! ». La honte nous inspire le sentiment de ne pas mériter, d’être petits et minables. La honte nous inspire le mépris de nous-même et des autres, pompe notre énergie, notre créativité et notre ardeur aux combats de la vie. Elle est le terreau fertile de la détresse, de la colère, et de la solitude.

Jung disait : « La honte est le marécage de l’âme », et pourtant, il nous faut bien l’arpenter, ce marécage ! Enfiler nos bottes, prendre nos bâtons, et avancer vaille que vaille.

Souvent, l’individu tente de fuir tout ce qui lui est pénible avec toute sorte de dérivatifs. Je ne vois, je n’entends, je ne dis rien ; j’attends que ça passe. Et pour attendre aussi bien que possible dans ce marasme moral, on s’occupe : shopping, fêtes avec les amis, nourriture, alcool ou antidépresseur, actions frénétiques … les moyens sont multiples mais tendent tous à un seul but : Ne pas entendre la honte qui sommeille en nous ; regarder ailleurs que dans la boue où nos bottes s’enfoncent.

Oui, je sais, cette partie de l’article n’est pas joyeuse, n’offre pas la moindre piste d’ensoleillement et de solution.

Et pourtant, reconnaitre, et accepter la honte est une source formidable de force et de progrès. Car le refus de la honte exclus la possibilité de vulnérabilité. Mais pour être sans réserve dans l’amour que l’on a envers nous-même, pour faire confiance en notre propre valeur, nous devons avoir le courage d’être imparfait, et d’accepter nos vulnérabilités pour ce qu’elles sont , ni plus , ni moins. Faire le deuil de la perfection, ou de la force inconditionnelle ; accepter d’être faillible, et limité est une nécessité pour avancer.

Quoique vous entreprendrez, quoique vous choisissiez dans votre vie ; vous n’aurez jamais aucune garantie de réussite. Créer, être en action, choisir ; c’est prendre le risque d’échouer ; cela nous rend vulnérables, mais accepter cette vérité universelle nous donne l’opportunité de mettre notre énergie, notre intelligence et nos actions dans la création, dans l’innovation et dans le changement. Inutile de lutter contre la réalité, la honte et la possibilité de l’échec sont inévitables, alors nous n’avons que 2 alternatives, soit nous utilisons notre énergie pour conserver des illusions dérisoires, soit nous acceptons ce que nous sommes, et cherchons a faire au mieux avec . Reconnaitre cette vulnérabilité face à l’existence de manière globale nous allège, et offre la possibilité de s’armer plus efficacement. Arrêter de combattre des chimères pour se focaliser sur la construction, voilà le cadeau de la reconnaissance de la honte.

T Roosevelt a très bien imagé cette idée :

“Ce n’est pas la critique qui est digne d’estime, ni celui qui montre comment l’homme fort a trébuché ou comment l’homme d’action aurait pu mieux faire. Tout le mérite appartient à celui qui descend vraiment dans l’arène, dont le visage est couvert de sueur, de poussière et de sang, qui se bat vaillamment, qui se trompe, qui échoue encore et encore – car il n’y a pas d’effort sans erreur et échec -, mais qui fait son maximum pour progresser, qui est très enthousiaste, qui se consacre à une noble cause, qui au mieux connaîtra in fine le triomphe d’une grande réalisation et qui, s’il échoue après avoir tout osé, saura que sa place n’a jamais été parmi les âmes froides et timorées qui ne connaissent ni la victoire ni l’échec”.

Pour réussir dans n’importe laquelle de nos entreprises, nous devons faire le deuil de la toute – puissance. Travailler en toute humilité et faire de son mieux, en sachant que ce ne sera peut-être pas suffisant demande du courage ; et vous , qui me lisez aujourd’hui parce que vous cherchez à changer, parce que vous avez cette soif de progrès, vous être une personne de courage !

En créant ce blog, je m’expose chaque jour un peu plus. A cet instant, où j’écris cet article, je sais que certains se moqueront, trouveront des fautes, auront des opinions négatives sur le contenu ; la mise en page, le choix de la photo etc… Mais cela ne m’empêche pas de l’écrire, je fais ce que j’ai à faire ; j’accepte la honte, voilà longtemps, j’ai même signé un pacte avec elle ! M’exposer ainsi me rend plus vulnérable, je l’accepte et je fais ce que j’ai à faire car c’est le seul moyen que chacun d’entre nous possède pour avancer.

En cette fin d’article, je me dédie, pas grave; je ne réécrirai pas l’ensemble et j’assume ce manque de parole donnée : Je vais parler de trading! Lorsque vous entrez en position sur les marchés financiers, vous êtes vulnérables, vous êtes exposés à des sanctions douloureuses, c’est ainsi ! Je reviendrai une autre fois sur cette question…

La honte est omniprésente en trading; et l’antidote à la honte, c’est l’acceptation d’être vulnérable. Y parvenir demande beaucoup d’humilité, et de lâcher-prise. Embrasser notre faiblesse, nos défauts et  nos valeurs honteuses n’est pas chose aisée. En trading, le rapport à l’argent en est un pilier : « je ne crée rien, ce que je gagne, un autre le perd, je me sucre sur le dos du monde ». Cette vision, certes simpliste est une réalité, dérangeante, inacceptable : honteuse! Combien d’entre vous se sabordent à cause de la honte de gagner? Combien d’entre vous sont déchirés entre l’objectif avoué et imposé par l’ensemble du système de valeur (besoins de liberté, d’autonomie etc….), et la honte de spéculer? Méchants spéculateurs! Vampires des entreprises! Voleurs des ressources de la planète! Combien osent se vanter de gagner de l’argent en bourse, en pompant la richesse de ceux qui travaillent , à la sueur de leur front? Quand on vous demande ce que vous faîtes dans la vie, êtes vous fiers de répondre: « Moi, je suis trader! »?

Nous voulons tous être des gens bien, et beaucoup de trader en comptes propres ressentent la honte de spéculer. Comment réussir à gagner si au fond de vous , une petite voix sournoise vous répète que vous ne le méritez pas; que ce que vous faîtes est mal et mauvais pour la planète et pour l’humanité?  Nous devons tous régler notre rapport avec la honte de spéculer sur les marché, sans quoi, cette honte sera votre principal frein à la réussite.

Pour finir cet article qui digresse un peu avec l’ensemble, je voulais vous remercier, car selon les statistiques de ce blog, nombre d’entre-vous sont des lecteurs assidus et fidèles. J’ose espérer que cela vous apporte quelque chose et vous permets de progresser dans ce qui vous tiens à cœur.

12 réflexions au sujet de « L’homme dans l’aréne »

  1. Merci Caroline pour ce partage fort enrichissant, je suis en plein nettoyage des émotions limitantes,
    et la honte, je l’avais zappé..bizarre..honte d’avoir honte. ;)!
    Un grand merci pour ton courage.
    Tes articles sont très aidants, pleins d’authenticité et de sincérité; on en veut encore et encore.
    Bien à toi,

    Leïla

    1. Bonjour Leila,

      en effet, la honte, personne n’aime trop y aller….. vas comprendre pourquoi?

      Notre honte est souvent considérée comme notre faiblesse, alors que nous devrions l’accepter comme un message sur la vision que nous avons de nous même et de nos réactions.

      ça peut être long, ou pas; aucune justice là dedans, c’est comme ça, c’est tout…

  2. Génial ! Je pense que j’ai mis 3-4 ans avant de réussir à dire, sans prendre une voix de petite fille : « Je suis trader ! »

    J’ai fait une rencontre extraordinaire récemment avec un ostéopathe qui enseigne également. Lors de son premier cours, il demande à ses élèves : « qui est ostéopathe ici ». Personne ne répond. Il repose la question, un des élèves dit : « mais nous sommes en première année monsieur ». Impassible il répète, qui est ostéopathe ici. Un élève lève la main. Il le félicite. Deux élèves, puis trois, quatre etc. Lorsque tout le monde a levé la main. Il explique que ce n’est pas leur diplôme qui fera d’eux des osthéos, ils doivent déjà se considérer comme tel pour le devenir.

    Peut importe ce que l’on veux dans la vie, il faut déjà commencer par y croire et s’affirmer (face à soi même). Je finirais par une phrase d’Elbert Hubbard :

    « La plus grande erreur que puisse faire un homme est d’avoir peur d’en faire une ».

    1. Bonjour JeanLoup,

      Personnellement, j’ai longtemps joué un peu avec ça, mais ça m’était facile. Étant d’un tempérament provocateur avec un humour froid, les gens ne savaient pas trop comment ils devaient le prendre.
      N’est ce pas une forme de honte aussi?

      A présent, je le dis si on me demande ce que je fais dans la vie, sans prétention, ni honte; mais je crois que beaucoup de trader ne sont pas à l’aise avec l’opinion de l’autre en général à ce sujet.

      Pour assumer plus simplement, peut être serait il utile à la personne d’expliquer les risques, le travail et la difficulté que cela comporte. On ne peut pas reprocher aux gens d’avoir une certaine ignorance à ce sujet!

  3. bonjour

    je connais ce sentiment : je me suis fait un systéme de traiding qui marche bien
    en le respectant scrupuleusement on faisait 120 pips ce jour sur gbp/usd par ex

    Or ce systéme je n’arrive pas à l’appliquer ,où je l’applique mal; je m’invente 10 000 raisons de na pas le suivre

    lui il est gagnant et moi je termine en pertes!

    je l’ai montré à une amie qui fais cela en dilletante et en démo : elle gagne

    alors la honte je connais en ce moment !

    1. La discipline entraîne la confiance 😉
      Il faut mettre tout à plat par écrit et sortir de sa zone de confort en appliquant votre système à la lettre. Plus facile à dire qu’à faire mais c’est une des solutions. Par ailleurs, le virtuel n’a rien à voir avec le réel, très facile de gagner en virtu surtout avec un peu d’expérience, car il n’y a pas le facteur émotionnel.

    2. Bonjour Shaoyin,

      La honte, nous la connaissons tous, je crois que ça peut être utile de l’accepter afin de pouvoir entendre ce qu’elle dit de nous, de nos croyances, de nos faiblesses et de nos valeurs.

      Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas en l’enfouissant sous des tonnes d’actions, d’apprentissages et de justifications qu’elle va disparaitre; bien au contraire car la honte nous pousse à avoir des réactions irrationnelles sur les marchés et c’est un cercle vicieux: plus on a honte, plus en déconne et plus on a honte……etc…. jusqu’à anéantissement de l’outil de travail, le capital.

      Je crois que vous avez beaucoup de chance que votre amie gagne avec votre système, au moins cela augmente votre confiance dans ce système et c’est très positif.

      Ce qui serait interessant, c’est de savoir si la honte vient de l’incapacité temporaire à appliquer ce système où si elle était déjà là; tapis dans l’ombre, attendant d’avoir de quoi se nourrir et vous sauter au visage…. C’est l’histoire de l’œuf et de la poule, c’est la perte qui a créé la honte, ou la honte qui a créé la perte?

    1. Bonjour Alexandre,

      Merci, j’aime bien cet auteur!

      ça me fait penser à la formation que j’ai suivi en neurocognitivism. On y traite, entre autres des liberté perdues dans l’enfance, qui sont compensés par des comportements socialement acceptables.

      Quand on parle de se vêtir en public, ou de manger avec une fourchette, c’est pas très gênant, et même plutôt aidant pour trouver sa place dans le groupe; mais nous avons tous des libertés perdues bien moins bonnes pour notre épanouissement.

      Ce que nous trouvons ridicule, alors que beaucoup d’autres n’ont pas de problème avec, ce que nous admirons comme étant complétement inaccessible alors que nous pourrions le faire si on essayait; ce genre de choses est en rapport avec la honte, mais bien plus difficile à discerner car nous faisons tout, dans notre vie pour éviter d’être confrontés aux situations liées à nos libertés perdues.

      Enfin, je m’égare……

  4. Bonjour,

    Cet article me rappelle une réflexion que j’avais eue, et que je souhaitais développer sur la morale des marchés financiers.
    En tant que trader particulier, je ne suis pas sur que ce soit ceux que l’on pense qui doivent avoir honte.
    Juste une histoire de morale;
    Une histoire de cheval pas cher. Mais , un cheval à bon prix est rare. Hors, tout ce qui est rare est cher. Donc un cheval à bon prix est cher….

  5. Bonjour Caroline,

    Il n’y a pas si longtemps je passais encore mes ordres de bourse via le desk de ma banque – qui les transmettait ensuite à leur broker. A la longue je connaissais tous les employés de ce desk, et il m’est arrivé plus d’une fois d’avoir honte de leurs communiquer un ordre de vente stop loss, me disant qu’ils devaient bien rire de ma nouvelle perte…

    Quand l’ordre de vente concernanit une prise de bénéfice, très étrangement l’employé de banque ne me félicitait pas – en fait il ne s’amusait pas à scruter mon compte parmis des centaines d’autres pour savoir ce que j’étais en train de faire! J’aurais pourtant bien aimé un petit « mes félicitations Monsieur ».

    Dans une vie précédente j’avais monté une société de conseil, et me rappelle n’avoir eu bien souvent personne pour partager – marquer le temps d’ – une victoire commerciale ou un échec chez un client.

    La honte de l’échec ou la joie du succès: qui sait à l’avance laquelle sera au rendez-vous? Ce qui est presque certain c’est qu’on vivera cette émotion seul. Savez-vous ce qui m’est arrivé pendant plusieurs années? Et bien de peur de vivre une émotion négative je bloquais toutes les émotions! Résultat confus 🙁

    C’est fort de ces expériences que je rejoins volontiers les rangs des adeptes du développement personnel pour un meilleur trading… et c’est aussi une de mes meilleures motivations!

  6. Ah, la honte et le besoin de reconnaissance; deux vitesse pour un même moteur!!!

    C’est pas toujours évident de se détacher du regard des autres et de cultiver son opinion personnelle!!
    Oser affirmer son opinion, même si nous sommes les seuls à l’avoir, accepter le risque de se tromper et ne pas chercher à convaincre ou à rallier l’autre: ça peut aider pour se détacher de la honte et augmenter ses perfs.

    Des pensées du style : « le ridicule ne tue pas »  » j’ai le droit de penser différemment » ou même « et alors? » peuvent y aider.

    C’est un travail de longue haleine.

    La honte accompagne beaucoup de traders, et ce n’est pas une compagne très agréable…!

    Merci Didier pour ce partage!

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