Soigner votre mental

Pour cet article, j’ai fais une vidéo en directe le 16 mars

Cet article participe à l’événement inter-blog “Un fort mental pour gagner en bourse” organisé par Ben du blog BourseEnsemble.com.

Le sujet de ce carnaval d’articles est fait pour moi, n’est-ce pas ? Ce thème va me donner l’occasion de tester ma capacité de concision. À chacun ses talents, faire court n’est pas le mien, mais je vais faire un effort.

Dans cet article, pas de lieux communs qui disent, entre autres, que la réussite est à 80% psychologique, que vous devez faire abstraction de vos émotions, ou que vous devez apprendre à laisser courir les gains.
Ces idées ne sont que des phrases à l’emporte-pièce que l’on répète dans les salons pour se donner de la contenance. Ces idées, je les ai défendues lorsque j’ai commencé à écrire sur le net il y a 3 ans et je pense toujours qu’elles sont exactes, mais tellement insuffisantes, tellement fades, tellement convenues. Ces vérités toutes faites ne sont là, au fond, que pour nous faire croire que des solutions standards existent, qu’il suffit de les faire vôtres pour assurer votre réussite. Mais en réalité, c’est tellement plus nuancé que cela, tellement plus profond…
Donc, au-delà de la concision, je suis censée faire dans la profondeur, ça se complique, mais allons-y, relevons le défi.
Comment avoir un mental fort pour gagner en bourse ?
Je vais vous exposer ici 9 idées dans 3 thèmes centraux. Ces 9 pistes sont autant de savoir penser, savoir-être et savoir-faire, et j’ai décidé que mettre l’homme en relation avec son environnement, avec ses ressources et avec lui-même dans un triptyque opérationnel pouvait donner une structure logique à des idées que j’ai défendues dans tout un livre.

 

Moi et le monde

Lorsque l’on opère sur les marchés, même si l’on est seul devant ses écrans, nous sommes en interaction avec le monde. Je mets mon capital en jeu et en face, il y a des contreparties, autres traders, banques, liquidity provider ou market-maker, peu importe. Je fais partie d’une ronde à grande échelle et à ce titre, je joue un certain rôle.

 

– Accepter l’incertitude

Le 15 janvier dernier, nous avons eu l’exemple d’un cygne noir sur le franc Suisse. Les cygnes noirs, ces évènements imprévisibles et hautement impactants ne sont que les caricatures extrêmes d’un phénomène pourtant omniprésent : l’incertitude. Le trader qui gagne sur le long terme ne tente pas de prédire l’avenir, il sait que cette velléité est une peine perdue, il l’accepte et il utilise ses forces pour autre chose.
Dans notre société, nous tentons tellement de réduire la sensation d’incertitude que c’est finalement compliqué d’aller à l’encontre des messages que nous recevons à longueur de journée. Météo, prévisions économiques, business plan, contrats de prévoyances, planning, etc. Partout nous tentons de réduire l’incertitude tellement elle est angoissante pour l’homme occidental moderne. Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose dans l’absolu, par contre le besoin de certitudes impacte négativement notre mental en trading.
Accepter de ne pas savoir, accepter de s’exposer financièrement sans avoir aucune garantie de succès est une des bases fondamentales pour bien gérer son risque et ses réactions. Avoir des certitudes vous engage dans une position délicate et vous empêche d’observer avec neutralité les mouvements de marchés. Votre interprétation est alors parasitée par ce que vous voulez voir et non par ce qui est.
Accepter l’incertitude demande un grand travail sur soi et il n’y a pas de recette miracle. Le début du chemin commence par une prise de conscience, par une reconnaissance de notre vulnérabilité qui ne se résume en fait qu’à de l’humilité.

 

– Avoir des exigences de moyens

Si nous devons accepter de ne rien maîtriser sur les mouvements de marchés, nous avons toutefois la possibilité de maîtriser certaines choses : nos moyens.
Je vais digresser un petit peu pour vous exposer une image de Jacques Salomé qui compare une relation à une écharpe. Chacun tient un bout de l’écharpe et n’est responsable que du bout qu’il tient, ce qu’il envoie et ce qu’il accepte de recevoir. Cette image est aussi vraie pour notre trading. Vous êtes responsables des moyens que vous mettez en place pour opérer, vous n’êtes pas responsable du marché.
Ainsi, afin de faire face à l’angoisse de l’incertitude, vous augmentez vos ressources : compétence, outils, méthodes, etc.
Avoir cette démarche consciente nous offre les 2 effets Kiss Cool : mieux gérer l’incertitude et augmenter nos chances de réussite de façon raisonnée et pragmatique.
L’outil principal est le système de trading (entrée + gestion) et si cela se résume à 2 mots, sa mise en place est souvent longue et semée d’embuches, mais gardez cette vision à l’esprit : « La seule chose que je maîtrise, ce sont les moyens que je décide de mettre en œuvre. »
C’est vous qui créez un système de trading clair, efficient et testé. C’est vous qui l’optimisez et qui le calibrez et c’est à vous de le protéger ou de le jeter à la poubelle.
Les moyens, il n’y a que là-dessus que vous pouvez avoir une relative maîtrise.

 

– Se détacher du résultat

La conséquence évidente d’une acceptation de l’incertitude et d’une bonne exigence de moyens est le détachement du résultat qui ne devient qu’une formalité. Aujourd’hui, je gagne, je perds et alors… Ceci ne m’appartient plus. J’ai fait mon travail, le marché a fait ce qu’il avait à faire ; il en sera de même demain et après-demain…
La prise de recul sur le résultat pourrait s’apparenter à une sorte de foi mystique envers le Dieu Système de Trading. « Je sais que mon Système est gagnant, j’ai foi en lui, je m’en remets à lui. Ses desseins sont impénétrables, mais je reste son humble serviteur»
C’est vous qui créez le système de travail (outils, choix de marché et d’UT, analyse, entrée, gestion, reporting…) pour n’être au final que l’esclave soumis et dévoué à ce système. Qu’il vous récompense ou vous punisse ne vous appartient plus et dans l’idéal, ne vous impacte plus.

 

Moi et la technique

– Utiliser la méthode de travail comme un rempart

Vous l’avez donc compris, la méthode de travail globale est un rempart à tout ce qui fait de nous des hommes. Certains prônent le 100% technique et une discipline aveugle, ceci est un leurre. D’autres défendent un trading discrétionnaire basé sur l’intuition et la capacité à gérer les émotions, ceci est un rêve.
La méthode, lorsqu’elle est « écologique », c’est-à-dire en cohérence avec l’environnement de marché et l’individu qui l’applique, est la structure porteuse de votre édifice, ses fondations, ses piliers. Aucun bâtiment ne tient sans structure porteuse, mais la structure reste insuffisante pour avoir un bâtiment résistant et confortable. Il faut y ajouter tout le nécessaire et parfois même du superflu. C’est pourquoi le trader devra…

 

– Utiliser ses talents

Je crois fortement à l’efficience de travailler vos talents. Pendant longtemps (et encore aujourd’hui, notamment à l’école), les sociétés ont incité leurs membres à pallier leurs points faibles.
Que se passe-t-il lorsqu’on travaille nos points faibles ?
On s’ennuie déjà, et souvent même prodigieusement. C’est démotivant et douloureux, mais cela ne serait pas un si grand problème si, au moins, nous en tirions un bénéfice certain, alors que pas du tout. Nous ne pouvons qu’espérer, à force de travail régulier et intensif à devenir à peine moyens, d’individus médians qui se sont tellement acharnés sur leurs points faibles qu’ils n’avaient plus la moindre once d’énergie et d’envie pour travailler leurs talents.
Le champion travaille ses points forts et devient alors exceptionnel, car il cumule le talent et le travail.
Je vais toutefois apporter une petite nuance, certaines faiblesses sont rédhibitoires et viennent parasiter les points forts. Dans ce cas, j’apprendrai à faire le « minimum syndical » pour que ma faiblesse ne vienne pas handicaper ma force.
Travailler nos talents a un autre effet significatif : le plaisir, la motivation, la persévérance. Nous aimons généralement ce pour quoi nous sommes doués, notre énergie dans le travail s’en voit décuplée et notre résistance à l’échec ou à la perte devient un facteur de réussite prépondérant.
Comme le travail demande moins d’efforts, vous aurez moins besoin de réussite pour persévérer et pour remettre certains schémas en question, cela vous permet de regarder objectivement les actions et les résultats, car votre émotivité est moindre.

 

– Techniques de feed-back

Si le passé ne présage pas du futur (confèrer « incertitude »), il n’en demeure pas moins qu’il est riche d’enseignements, de données et d’informations.
Un mental fort s’appuie sur des faits et se nourrit de cette certitude inébranlable : je vais utiliser les succès et les échecs passés pour construire ma réussite de demain.
Journal de trading, tableau excel, reporting, My Fxbook ; peu importe votre support à condition qu’il soit, une fois de plus, cohérent avec votre trading (UT, fréquence des trades).
Exprimer en chiffres ou en mots le déroulement de vos trades est indispensable pour améliorer à la fois votre technique et votre mental. À mes clients, je conseille de tenir 2 journaux différents, un factuel et chiffré, un autre émotionnel et comportemental.
Le fait de prendre un moment pour penser à votre session de travail, de réfléchir au déroulement des évènements, d’observer après coup vos émotions et vos réactions est une approche de pro qui augmente ses moyens et soigne sa psychologie.
Ne vous en privez pas !

 

Moi et…moi

Lorsqu’on fait du trading, nous sommes seuls. La relation que nous entretenons avec nous-mêmes prend donc une place très importante. Les meilleurs traders ont appris à se connaitre et à s’accepter tels qu’ils sont, sans artifices ni fards, sans velléités décalées par rapport à la réalité.

 

– Museler l’ego

Le prisme de l’ego est donc un miroir déformant qui a pour unique fonction de nous renvoyer une image idéalisée de nous-mêmes. En opérant sur les marchés, l’ego fait des ravages. Exposition inadaptée, politique de risque incohérente, réactions d’attaques stériles.
L’individu passe souvent d’un bout à l’autre du prisme, confiance illusoire et hyperactivité le lundi, dévalorisation et apathie le mardi, regain d’énergie le mercredi…
L’ego est dans l’extrême, dans l’irréel et ne semble pas prendre conscience des enjeux. D’ailleurs, pourquoi le voudrait-il ? Étant lui-même une illusion, une compensation, un stratagème, il se moque de la réalité.
Il se moque des règles et des procédures. Il nous invite à tout tenter pour « rattraper » le coup lorsqu’une position devient problématique.
Alors que tout le monde préconise des sessions de travail courtes pour soigner la concentration et garder la maîtrise de soi, l’ego enchaîne les heures de trading. L’ego a besoin d’avoir raison pour continuer d’exister, c’est pour cela qu’il ne supporte pas l’erreur et qu’il trouvera facilement d’autres coupables que lui-même.
Les traders gagnants sont détachés de l’égo et pour vous y aider à ma mesure, je vais citer Yann Dall’aglio :
« Comment renoncer à la demande hystérique d’être valorisé ? Eh bien, en prenant conscience de ma nullité. Eh oui, je suis nul, mais rassurez-vous, vous aussi ! »
Cette « poésie de la maladresse assumée », l’autodérision, permet de regarder notre nullité avec tendresse et humour et de comprendre que notre valeur propre n’est pas conditionnée à la viabilité de nos choix ou à nos performances, mais à la manière dont nous les vivons.
Lorsque vous prenez position, ce n’est pas votre valeur humaine que vous mettez en jeu. Ce que vous exposez sur les marchés financiers, c’est une somme d’argent, définie à l’avance, une somme que vous êtes en capacité de perdre et qui ne viendra pas transformer votre vie.

– Sortir des rapports de force

Nombreux sont les traders qui opèrent sur les marchés pour se prouver quelque chose et qui rentrent donc dans un rapport de force en refusant de comprendre profondément que dans cette bataille, ils seront toujours perdants.
Un trader qui gagne n’opère sur les marchés financiers que pour une raison, claire, assumée et défendue bec et ongle : gagner de l’argent.
Il n’y a aucune autre bonne raison de miser son capital sur les marchés financiers. Vous pouvez aimer opérer, pour différentes raisons, un gout pour l’analyse, apprécier, comme moi, ce que le trading nous demande de devenir par exemple; mais la raison de fond des gagnants est toujours la même, ils y vont pour gagner.
Ce qui est paradoxal avec une des idées précédentes, à savoir, se détacher du résultat, mais pas tant que cela. Car vouloir gagner sur la durée, vouloir vivre du trading ne signifie pas désirer gagner aujourd’hui. Les résultats sur le court terme sont imprévisibles, mais ceux qui gagnent sur le long terme ne gagnent pas par hasard.
Sortir du rapport de force avec les marchés ou avec soi-même est primordial, vous n’avez rien à prouver surtout pas que vous avez raison ; votre seul objectif sur le long terme doit être de gagner de l’argent. Si vous avez besoin d’assoir votre pouvoir, votre contrôle ou votre domination, il faudra le faire ailleurs que sur votre station de trading, car le dominant incontesté restera toujours le marché qui vous paie ou qui vous dépouille.
À l’opposé, un trader qui ne se donnerait pas le droit de gagner aura de grandes difficultés et élaborera, sans s’en apercevoir évidemment des stratégies comportementales qui auront tendance à le conforter dans son idée première : je n’ai pas le droit de gagner. C’est de l’auto-sabotage. Le trader gagnant n’est pas dans le rapport de force, ni dans un sens, ni dans l’autre.

 

– Avoir un engagement mesuré

Vous devez avoir un engagement mesuré envers votre position, mais aussi envers le capital que vous utilisez. À quoi nous expose un engagement trop important ? Impossibilité de couper une perte, réactions de fuite ou de lutte dues au stress, incapacité à prendre du recul et à réfléchir avec logique et discernement.
L’engagement est la dynamique qui nous englue dans l’erreur et renforce nos réactions destructrices.
Un trader gagnant est un opérateur fondamentalement désengagé. Ce point est évidemment directement lié à tous les précédents : recul par rapport au résultat, humilité, process de travail qui correspond à la personnalité, la mesure de l’engagement est la conséquence logique et naturelle de l’ensemble de points précédents.
Je vous souhaite de bons trades.

 

Lisez également, dans cet évènement inter-blog :

4 réflexions au sujet de « Soigner votre mental »

  1. Salut Caroline,

    Merci pour ta participation à cet événement inter-blog 😉

    Un article BRILLANT et un parcours sans faute, BRAVO! Voilà 9 idées autour de 3 thèmes qui devrait devenir une référence sur le web!

    Je trouve très important le point que tu soulèves dans “Avoir des exigences de moyens” au sujet de “Vous êtes responsables des moyens que vous mettez en place pour opérer, vous n’êtes pas responsable du marché.” Je pense qu’il faut néanmoins faire très attention à ne pas tomber dans le piège d’aller chercher particulièrement des “moyens techniques” au dépend des “moyens mentaux”. Si la méthode utilisée dispose d’un avantage réel et certain, la solution sera plutôt à aller chercher en soi plus qu’ailleurs…

    Je suis mitigé aussi sur l’utilisation des forces et des faiblesses. Essayer de transformer une faiblesse en une force est peine perdue et un énorme gaspillage de temps et d’énergie. En revanche, essayer de minimiser une faiblesse est à mon avis une stratégie très rentable qui demandera peu d’efforts pour des progrès certainement impressionnant du fait de démarrer très bas.

    Ben

  2. C’est intéressant, je ne connaissais pas tout mais en revanche je suis tout à fait d’accord sur le principe du détachement face au résultat. Bonne journée.

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