Travail opérationnel ou comportemental: Starsky et Hutch

Il y a quelques jours, je donnais une petite conférence aux duels de trading de Paris et j’y discutais avec beaucoup de traders plus ou moins expérimentés. Ceux qui me découvraient me demandaient sur quoi je travaille en tant que coach, sur l’aspect stratégique ou sur la gestion de stress ?

J’étais surprise de constater à quel point la majorité des opérateurs distinguaient totalement ces deux aspects, comme s’ils n’avaient rien à voir. J’expliquais alors que je partais de l’individu, de ses motivations, de ces forces et de ces faiblesses pour travailler sur sa méthode de trading et sur son comportement. Ce point de vue holistique laissait parfois perplexe, comme s’il fallait choisir son camp : soit on est un technicien des marchés qui connait toute une bible d’indicateurs et qui se passionne de fondamentalisme et de maths, soit on est un bobo new-âge relié au grand tout dans une philosophie de vie méditative, spirituelle voire altermondialiste, mais un mix des deux… Improbable.

Comment le travail opérationnel et comportemental agissent de concert ?

Lorsque vous opérez sur les marchés, c’est avec tout ce que vous êtes, tout ce que vous savez, tout votre bagage.

Dans beaucoup de professions, il est de bon ton de laisser la personnalité et la vie personnelle au placard pour tout miser sur la compétence et sur l’objectif. Il faut cloisonner, laisser sa vie privée sur le pas de la porte de l’entreprise. En trading, c’est tout simplement impossible tant ce métier est violent, solitaire et virtuel.

Sur les marchés, votre analyse et votre compétence s’expriment au même titre que vos peurs, vos velléités ou vos doutes. Il est donc du devoir du trader de créer un ensemble cohérent. Tout miser sur le comportement est une illusion, vous avez besoin de définir un mode de travail clair et stable pour pouvoir gagner (stratégie, points d’entrée, gestion des risques.) Ce mode de travail doit être applicable pour vous dans le temps et donc, tenir compte de votre rapport au risque et à la sécurité, de votre besoin naturel de contrôle et de votre niveau de confiance instinctif au sens large. Un mode de travail qui ne correspond pas à l’individu est inapplicable sur la durée.

Au salon, j’entendais les mots « rigueur », « discipline », « self-control » et loin de moi l’idée de dire que ces postulats sont dépassés, car j’ai l’intime conviction qu’ils sont nécessaires. Reste toutefois une question, pas tout à fait subsidiaire : comment y parvenir ? Certains me diront que c’est un choix, qu’avec suffisamment de force mentale, n’importe qui peut appliquer n’importe quoi. Si ce n’est pas faux sur le papier, dans la pratique par contre…

Pour acquérir le détachement nécessaire, on m’a parlé de Confucius, des stoïciens et de la philosophie du non-agir, ce à quoi je ne peux qu’applaudir, les yeux larmoyants d’admiration tant cette vision de l’être humain est idéalisée et peu réaliste. Certains s’enorgueillissent  de ne jamais perdre leur sang-froid, de regarder le monde avec tellement de recul que les gains et les pertes glissent sur eux sans jamais les mouiller, d’être loin au-dessus des contingences matérielles et pratiques.

Personnellement, perdre de l’argent m’agace et en gagner me réjouis, toute proportion gardée certes, car trader nous éduque sur ce point. Mais étant faite de matière, vivant dans un monde matériel, je n’ai pas cette grandeur d’esprit et disons, pour le besoin de cet article que vous non plus !

Donc, les gains et les pertes vous touchent. Le travail comportemental viserait à ce que cela vous touche le moins possible et surtout que leur écho ne vienne pas perturber les décisions à venir. Cela se résume à quelques mots, mais croyez-moi, cette ambition est audacieuse : avoir la confiance nécessaire pour faire face rationnellement au résultat, quel qu’il soit.

Toutefois, pourquoi se priver des moyens techniques et opérationnels pour y aider ? Avoir un système qui correspond à votre identité vous permettra de mieux gérer le doute ou le stress et de vivre quotidiennement avec et par votre trading. Les pistes de développement technologiques sont tant d’outils qui viennent supporter le travail psychologique et comportemental indispensable à cette activité. Les deux sont intimement liés et aucune réussite ne se construit uniquement sur la technique ou sur la psychologie.

Force est pourtant de constater que c’est l’individu qui applique ou non un système et que tout part de lui. Il doit donc créer un mode de travail « écologique » et trouver des moyens concrets pour l’aider dans son quotidien : alarmes, outils de gestion, de reporting, d’optimisation…

Alors, le trader pourra peut-être arriver à ce moment où il a acquis suffisamment de ressources mentales et technologiques pour perdurer sans souffrances et opérer avec un confort relatif.

Reste à savoir si le trader aime vraiment le confort ou s’il opère justement parce que, mis en risque, il se sent vivant … ceci est encore une autre question !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *